Le changement de regard ne s’est pas fait en une seule fois, pour moi, ni du jour au lendemain!
Au début, mes enfants avaient des cahiers.
Des cahiers qu’ils remplissaient de la première à la dernière page pour ne rien manquer des notions à voir.
Pourtant, quelque chose me dérangeait.
Premièrement, ils n’appréciaient pas vraiment ce qu’ils faisaient… et surtout, j’avais souvent l’impression qu’une fois le cahier terminé, ils ne se souvenaient de rien.
Plus vieux, ils m'ont confirmé avoir l'impression de faire des compréhensions de texte et demeurer sur leur faim sur plusieurs sujets à peine effleurés dans leurs cahiers que j'avais pourtant pris beaucoup de temps à choisir !
Ils avaient répondu aux questions, fait les exercices, coché les bonnes réponses… mais semblaient avoir oublié une grande partie de ce qu’ils venaient pourtant d'apprendre!
Et puis, il y avait les conflits!
La négociation pour commencer.
Les soupirs.
Le manque d’envie.
Cette impression de devoir constamment pousser pour que quelque chose avance.
Moi, j’avais aussi envie d’autre chose!
Mais changer notre façon de faire ne voulait pas dire tout abandonner sans réfléchir!
Au contraire, je ne me sentais pas capable.
Il a fallu que je commence par quelque chose de beaucoup plus simple, mais aussi beaucoup plus difficile :
Observer réellement mes enfants.
Ce qui attirait leur attention.
Ce dont ils parlaient spontanément.
Les livres qu’ils choisissaient.
Les jeux auxquels ils voulaient jouer.
Les questions qu’ils posaient.
Les projets qu’ils commençaient sans que personne ne leur demande.
Puis, petit à petit, je me suis donné la permission de faire autrement.
D’explorer.
De suivre une idée.
De partir d’un intérêt.
Mais attention…
Au début, je crois que je suis tombée dans un autre piège...
Ah! Tu aimes les oiseaux?
Vite, cherchons les liens avec les sciences, le français, les mathématiques…
Tu veux cuisiner?
Cherchons tout ce qu’on peut apprendre!
Tu veux jouer à un jeu?
Il faut absolument trouver si ça compte!
Trouver des liens peut être rassurant.
Surtout lorsqu’on fait l’école à la maison et qu’on a la responsabilité de suivre les apprentissages de nos enfants et obtenir la conformité de la DEM.
Mais il y a quelque chose que j’ai fini par comprendre...
Tout est dans tout...Mais tout n'a pas besoin d'être dans tout !
C’est difficile, au début.
Parce qu’on cherche.
On analyse.
On se demande si cette activité vaut la peine.
On trouve un lien avec une notion… puis finalement, on ne sort pas de cahier.
On ne crée pas de feuille d’exercices.
On ne transforme pas l’activité en leçon.
Et pourtant, cela ne veut pas dire que rien ne s’est passé.
Le changement de regard s’est fait en plusieurs étapes.
D’abord, observer.
Sans vouloir immédiatement intervenir.
Ensuite, créer des occasions.
Des projets.
Des activités.
Des expériences.
Des jeux.
Des découvertes.
Pas nécessairement pour faire de l’école, mais simplement parce qu’on avait envie d’essayer quelque chose ensemble.
Puis, chercher les liens.
Comprendre tout ce qui pouvait se cacher derrière une activité, un intérêt ou un projet.
Découvrir que les apprentissages sont parfois beaucoup plus présents qu’on ne le croit.
Et finalement… ne plus autant chercher.
C’est peut-être là que le plus grand changement s’est produit.
Parce qu’aujourd’hui, je ne ressens plus toujours le besoin de créer une activité ou de chercher une notion derrière chaque chose.
Nous vivons.
Nous faisons des expériences.
Nous échangeons.
Nous cherchons des réponses à nos questions.
Nous apprenons parce que nous avons besoin de comprendre.
Nous réalisons des projets parce que nous avons vraiment envie de les accomplir.
Et parfois, nous faisons simplement quelque chose parce que c’est amusant.
Parce que tout n’a pas besoin d’être transformé en matière scolaire pour avoir de la valeur.
Aujourd’hui, je continue d’observer.
Je continue de faire des liens.
Mais je me donne aussi la permission de ne pas toujours les utiliser.
La permission de laisser un intérêt être un intérêt.
Un jeu être un jeu.
Une discussion être une discussion.
Une expérience être simplement une expérience.
Et c’est probablement là que mon plus grand changement de regard s’est produit.
J'ai appris à reconnaître ce qui est déjà là ❤️