On veut que ça bouge… mais parfois...
Il y a quelque chose d'assez drôle dans le fait d'accompagner ses enfants dans leurs apprentissages.
On aimerait qu'ils soient curieux, motivés, intéressés, qu'ils aient envie d'essayer de nouvelles choses, qu'ils se lancent dans des projets, qu'ils lisent, qu'ils écrivent, qu'ils calculent, qu'ils découvrent le monde et qu'ils développent leur autonomie.
Bref, on aimerait que ça bouge!
Mais soyons honnêtes deux minutes et quart...
Combien de fois avons-nous nous-mêmes repoussé une tâche à demain?
Combien de fois avons-nous eu envie de nous installer avec un café, de regarder une série ou de ne prendre absolument aucune décision pendant quelques heures?
Et là, on regarde notre jeune qui n'a aucune envie de commencer son activité et on se demande ce qui ne fonctionne pas...
Parce que nous, voyez-vous, on avait préparé quelque chose.
On avait une idée.
On avait même peut-être sorti le matériel!
Lui, il avait surtout envie de ne rien faire.
Ah! La belle collaboration familiale!
Voilà qu'on decouvre que l'école maison, ce n'est pas une machine à produire des apprentissages...
Quand on choisit l'école maison, on ne choisit pas nécessairement une vie où chaque journée devient une occasion extraordinaire d'apprendre même si ça pourrait être agréable!
On choisit un parcours différent.
Avec ses possibilités, ses libertés, ses responsabilités et, oui, ses journées où tout semble demander trois fois plus d'énergie que prévu!
Il y a les projets qui nous emballent et ceux qui ne suscitent absolument aucun enthousiasme.
Il y a les journées où les idées fusent et celles où notre meilleure idée consiste à...remettre notre idée à plus tard!
Je te jure que parfois c'est la meilleure idée!
Il y a les enfants qui ont envie de découvrir, mais pas nécessairement ce qu'on avait prévu de leur faire découvrir...
Ils se multiplient ceux-là ou quoi?
Et il y a nous, les parents, qui devons jongler entre les apprentissages, les obligations, les repas, la maison, les démarches administratives et notre propre niveau d'énergie...
Parce que oui, nous aussi, nous sommes des humains.
Même si, parfois, on semble croire qu'en choisissant l'école maison, on a signé pour devenir une combinaison d'enseignant, de bibliothécaire, de coordonnateur de projets, de spécialiste du programme scolaire et d'animateur de camp de jour.
Le tout avec un café froid!
On veut les voir motivés… mais qu'est-ce qu'on leur montre?
Je ne parle pas ici de devenir un modèle de motivation ambulant.
Personne n'a besoin de ça dans sa cuisine.
Je parle plutôt de cette petite contradiction qui nous habite parfois.
Est-ce que ça arrive chez toi de vouloir que tes jeunes prennent des initiatives, mais d'avoir de la difficulté à leur laisser la place d'en prendre?
De vouloir qu'ils développent leur autonomie, mais d'aimer qu'ils fassent les choses comme je les avait imaginées...
On veut qu'ils soient curieux, mais on est parfois tellement occupés à nous demander si on couvre suffisamment de notions qu'on oublie de regarder ce qui les intéresse déjà...
Ou...on le sait mais ce n'est pas ce qui est demandé.
On veut qu'ils aiment apprendre, mais on finit par mesurer nos journées à ce qui a été accompli, terminé, écrit ou coché...
Et quand rien ne semble avancer, on se demande si on en fait assez!
C'est le fun pareil, hein?
Peut-être qu'une partie de la réponse se trouve justement dans notre capacité à ralentir un peu, à observer et à revoir notre façon d'aborder les choses?
Pas pour tout laisser tomber.
Pas pour prétendre que les apprentissages, les responsabilités ou les exigences scolaires n'existent pas.
Ce n'est pas comme si on pouvait non plus!
Mais pour se demander si notre façon de faire aide réellement notre jeune à avancer.
Parce qu'on peut avoir la meilleure activité du monde sur la table et passer complètement à côté de l'occasion d'apprendre si tout le monde est déjà à bout de patience...
Ici aussi! Même si j'ai 345 idées à l'heure!
Et si on arrêtait d'attendre que tout le monde soit motivé en même temps?
Il y a des jours où notre jeune a envie de construire quelque chose et où nous n'avons aucune envie de sortir les outils.
D'autres où nous avons préparé une activité passionnante et où il préférerait jouer à son jeu vidéo... Peut-être même souvent!
Parfois, on a envie de faire une sortie et personne ne veut mettre ses chaussures!
Et quand tu veux relaxer, devine qui veut sortir ?
La vie familiale n'est pas une publicité où tout le monde sourit autour d'un projet créatif avec une lumière parfaite et une table miraculeusement propre!
C'est la vraie vie!
Et dans cette vraie vie, on peut apprendre à chercher des compromis.
On peut proposer plutôt qu'imposer systématiquement.
On peut essayer une autre approche quand la première ne fonctionne pas.
On peut reconnaître qu'une journée difficile n'a pas besoin de devenir...
Une bataille pour être considérée comme une journée utile!
On peut aussi accepter que nos intérêts ne soient pas toujours ceux de nos enfants.
L'objectif n'est pas que tout le monde ait envie de faire la même chose au même moment.
Ce serait déjà un exploit si on arrivait à se mettre d'accord sur le repas du soir!
L'objectif est de trouver des façons de continuer à avancer, ensemble, sans transformer chaque apprentissage en négociation internationale!
Tiens! Un nouveau lien possible avec la politique!
Non 😜
Bien sûr, il y a le programme, les notions à explorer, les apprentissages à soutenir et les obligations liées à l'école maison.
Mais il y a aussi la façon dont on traverse tout ça.
La place qu'on laisse aux intérêts.
La possibilité d'essayer quelque chose qui n'était pas prévu.
La liberté de faire des liens entre ce qu'on apprend et ce qu'on vit.
La capacité de recommencer autrement quand une méthode ne fonctionne pas.
Et cette relation qu'on construit pendant toutes ces années où l'on partage bien plus que des activités scolaires.
Ça ne veut pas dire qu'on doit toujours faire plaisir à tout le monde.
Être parent, ce n'est pas devenir un service à la clientèle ouvert sept jours sur sept!
Il y a des responsabilités.
Des efforts à fournir.
Des moments où il faut persévérer même quand la motivation n'est pas au rendez-vous.
Mais il y a une différence entre accompagner un jeune pour l'aider à avancer et essayer de le faire avancer à coups de pression jusqu'à ce qu'il n'ait plus envie de bouger du tout...
Cette différence mérite qu'on s'y attarde.
Parce que nous ne cherchons pas seulement à remplir des journées, non?
Nous cherchons à accompagner des jeunes qui apprennent à réfléchir, à essayer, à faire des choix et à découvrir ce qui les anime vraiment!
Et ça, ça ne se construit pas uniquement avec des fiches.
La prochaine fois qu'on voudra que ça bouge…
On pourrait commencer par se poser quelques questions.
Est-ce que mon jeune a besoin d'un coup de pouce, d'un défi, d'une autre façon de faire ou simplement d'un peu de temps?
Est-ce que mon idée répond à son intérêt ou surtout à mon besoin de voir quelque chose avancer?
Est-ce qu'on pourrait partir de ce qui l'intéresse déjà pour ouvrir une porte vers un apprentissage?
Et moi, est-ce que j'ai l'énergie nécessaire pour accompagner ce projet aujourd'hui?
Parce qu'il faut bien l'admettre...
Parfois, ce n'est pas seulement le jeune qui manque de motivation.
C'est toute la maisonnée qui fonctionne sur la réserve...
Et ce n'est peut-être pas nécessairement le moment idéal pour lancer une grande aventure scientifique avec vingt-sept étapes et du matériel à nettoyer?
Un jeu de cartes, une promenade, une discussion, une recette, un projet reporté ou une idée qui prend une autre direction peuvent parfois nous aider à retrouver notre élan ❤️
Pas toujours.
Et certainement pas avec une garantie de résultat en trois étapes faciles!
Mais on peut essayer.
Après tout, nous aussi, nous sommes en train d'apprendre à faire les choses autrement.
Et si on se donnait le droit d'être en chemin?
L'école maison c'est une invitation à réfléchir à ce que nous souhaitons transmettre, à la manière dont nous voulons accompagner nos enfants et à la place que nous accordons aux apprentissages dans notre quotidien.
Elle nous confronte aussi à nos attentes, à nos limites et à nos propres contradictions.
On veut des enfants autonomes, mais on doit apprendre à leur laisser de la place.
On veut qu'ils prennent des initiatives, mais on doit parfois accepter qu'elles ne ressemblent pas à nos plans.
On veut qu'ils aiment apprendre, mais on doit se rappeler que l'apprentissage ne se commande pas toujours à l'heure prévue.
Avoue que ça serait bien quand même!
Et on veut que ça bouge… même les jours où on n'a pas envie de bouger nous-mêmes.
Alors, peut-être que la question n'est pas de savoir comment faire pour que chaque journée soit productive?
Peut-être qu'elle est plutôt de savoir comment continuer à avancer sans perdre de vue ce qui nous a donné envie de choisir ce parcours.
Avec des essais.
Des ajustements.
Des fous rires.
Des pauses.
Des projets qui fonctionnent et d'autres qui finissent dans un tiroir...
Oui.
Ici aussi ❤️
Et surtout, avec suffisamment de souplesse pour se rappeler qu'on n'a pas besoin de réussir chaque journée pour construire quelque chose de précieux au fil des années.
Et si aujourd'hui, demain....commençait par ça?
Annie