Novembre arrive… et avec lui, tout ce qu'on ne dit pas toujours.
Le mois gris.
Celui dont tout le monde parle.
Celui où les journées raccourcissent, où la lumière se fait plus rare et où, parfois, même le café semble avoir besoin d'un café!
En école maison, novembre peut aussi avoir une drôle de saveur depuis quelques années...
Pour plusieurs familles, c'est le moment des premières rencontres avec la DEM.
Et pour certaines, elles arrivent très tôt dans l'année.
Parfois même avant qu'on ait réellement eu le temps de trouver notre rythme.
On arrive avec nos projets, nos idées, nos observations, nos enfants qui apprennent à leur façon… et cette petite boule dans le ventre qui nous demande si on en a fait assez.
Assez de mathématiques ?
Assez de français ?
Assez de traces ?
Assez de projets ?
Assez de tout, finalement ?
Et là, quelque chose se passe...
L'envie de presser le citron devient presque irrésistible.
On voudrait que les enfants produisent davantage, terminent quelques cahiers, écrivent quelques textes supplémentaires, fassent une activité de plus.
On regarde ce qui reste à faire plutôt que ce qui a déjà été vécu.
Pourquoi ?
Parce qu'on veut prouver qu'on fait bien les choses.
Parce qu'on veut démontrer que nos enfants apprennent.
Parce qu'on veut être prises au sérieux!
Parce qu'on veut éviter les regards qui questionnent et les commentaires qui nous font douter.
Et quand on débute en école maison, c'est encore plus particulier.
On n'a pas nécessairement nos repères.
On ne sait pas toujours ce qui constitue une trace suffisante et ce n'est pas pareil d'une année à l'autre, ni d'une personne ressource à l'autre!
On découvre les attentes et on essaie de construire notre fonctionnement en même temps qu'on doit le justifier...
Et quand ça fait plusieurs années qu'on est dans l'aventure ?
Ça ne veut pas dire que tout devient facile.
Il y a des années plus fluides et d'autres qui demandent davantage d'ajustements.
Des enfants qui changent, des intérêts qui évoluent, des projets qui prennent plus de temps, des périodes où la motivation est moins présente.
Une année difficile ne signifie pas qu'on a perdu notre savoir-faire.
Une année différente ne signifie pas qu'on fait moins bien.
Mais c'est parfois difficile de garder cette perspective lorsqu'on a le devoir rendre des comptes à des gens qui cherchent des choses spécifiques...
C'est difficile de se sentir contrôlée lorsqu'on souhaite simplement faire de son mieux pour ses enfants.
Et c'est peut-être là que se trouve une des grandes contradictions de l'école maison.
On choisit cette avenue, entre autres, pour avoir davantage de liberté, pour respecter les rythmes, pour construire des apprentissages qui ont du sens.
On souhaite être disponibles, observer, accompagner, essayer autrement.
Puis arrive une entité qui devrait nous soutenir, nous guider et nous aider à mieux comprendre les attentes.
Pourtant, certaines rencontres peuvent laisser un tout autre sentiment : celui de ne pas en faire assez, de devoir se justifier, de devoir accélérer, de devoir démontrer.
Et on repart parfois avec plus de pression que de réponses.
Ce n'est pas nécessairement parce que les personnes devant nous ont de mauvaises intentions...
Mais l'effet ressenti, lui, est bien réel.
Et nos enfants se retrouvent parfois au milieu de cette pression qui ne leur appartient même pas.
On veut tellement bien faire qu'on a envie de leur demander de produire pour rassurer les autres... et nous-mêmes un peu?
On ajoute une page, une fiche, un exercice.
On insiste un peu plus.
On transforme une activité qui aurait pu être agréable en quelque chose qu'il faut absolument terminer.
Et tout ça pourquoi ?
Pour avoir quelque chose à montrer.
Pour se sentir plus solides devant une rencontre.
Pour avoir l'impression qu'on pourra enfin respirer après...
Mais est-ce vraiment le rythme qu'on souhaite donner à notre école maison ?
Et si novembre n'était pas un examen ?
Et si on pouvait traverser ce mois sans chercher à rattraper quelque chose qui n'est pas nécessairement en retard ?
Si on pouvait regarder les apprentissages déjà présents dans le quotidien, les discussions, les lectures, les jeux, les expériences, les projets commencés et même ceux qui n'ont pas abouti ?
Si on pouvait reconnaître qu'un enfant qui apprend n'est pas toujours un enfant qui produit une feuille remplie ?
Et si on pouvait aussi accepter que notre année ne ressemble pas à celle de l'année dernière, ni à celle de la famille voisine ?
On peut vouloir bien faire et avoir des doutes.
On peut être organisée et avoir des périodes de flottement.
On peut connaître le programme et ne pas avoir envie de tout transformer en cahier.
On peut avoir besoin d'ajuster nos façons de faire sans remettre en question toute notre aventure! Oui! Ça se peut!
Et surtout, on peut avoir besoin d'encouragement plutôt que d'une nouvelle liste de choses à faire.
Alors, à celles qui attendent leur rencontre avec la DEM...
À celles qui viennent d'en sortir avec un drôle de sentiment.
À celles qui commencent leur première année et à celles qui ont l'impression de recommencer à zéro cette année.
Je pense fort à vous.
L'an prochain, tout comme vous. Les traces seront méticuleusement conservées.
Novembre est déjà assez gris comme ça.
Pas besoin d'y ajouter la couleur de la culpabilité.
On n'a pas choisi l'école maison pour passer nos journées à prouver qu'on la fait même si ça prend cette saveur là...
On l'a choisie pour nos enfants.
Moins de pression, plus de liens.
Moins de course à la preuve, plus de place pour les apprentissages vivants.
Parce que tout ne se mesure pas à ce qu'on peut déposer sur une table lors d'une rencontre.
Et parce que, oui, ça compte aussi, ce qu'on vit entre deux rencontres.
Et vous, novembre vous fait quel effet cette année ?
Annie ❤️